Préparer une entrevue d'emploi quand votre cerveau part en hyperfocus
- Audrey Lessard

- 27 mai
- 4 min de lecture

Vous connaissez la scène.
Vous décrochez une entrevue d'emploi. Et tout à coup, votre cerveau s'emballe.
Quatre heures sur le LinkedIn de la personne qui va vous rencontrer. Le rapport annuel téléchargé, puis lu trois fois. Sept versions de votre réponse à '' parlez-moi de vous '', écrites et raturées. La liste mentale des questions possibles, en quinze variantes. Il est minuit. Vous êtes encore là.
L'hyperfocus, au fond, c'est ça.
Cette intensité qui peut devenir votre meilleur outil de préparation. Ou votre pire ennemi.
Dans mon coaching, je vois passer beaucoup de profils TDAH et de hauts potentiels. La phrase qui revient sans cesse: '' Audrey, je me prépare tellement que le jour J, j'arrive
vidée. ''
Ou cette autre version, selon moi, peut-être plus dure à entendre: '' J'ai tout appris par cœur, sauf sur moi-même. ''
Quand l'hyperfocus se retourne contre vous
Tout dépend de ce que vous en faites.
Quand on canalise mal cette énergie, deux scénarios reviennent.
La surcharge: on accumule l'information jusqu'à ne plus se reconnaître dedans.
Ou le tunnel: on s'enferme sur un détail; la culture d'entreprise, une question piège imaginée et le reste devient flou.
Dans les deux cas, c'est un personnage qui passe l'entrevue à votre place.
Et là, le masking entre en scène. Vous jouez quelqu'un qui a tout lu et tout prévu et vous oubliez que la personne en face cherche un humain à embaucher.
Ce que l'hyperfocus peut bien faire
Disons-le: l'hyperfocus est un super-pouvoir mal compris. Bien dirigé, il vous permet de préparer une entrevue avec une profondeur que la majorité des candidats n'atteignent pas.
Le truc, c'est de lui donner un cadre.
Voici ce qui fonctionne, en pratique.
Un bloc, un objectif
L'hyperfocus aime les contraintes claires. Par exemple, bloquez 90 minutes dans votre agenda avec un minuteur et donnez-vous UN seul objectif pour ce bloc.
'' Pendant ces 90 minutes, je clarifie mes deux réalisations les plus pertinentes pour ce poste. Rien d'autre. '' Quand le minuteur sonne, vous fermez, même si vous trouvez votre idée géniale.
Une seule chose à la fois. Vous vous dites peut-être: '' plus facile à dire qu'à faire ''.
Je sais, mais le cerveau fonctionne mieux quand il sait où il va.
Le concret avant le parfait
L'hyperfocus combiné au perfectionnisme = boucle infernale. Vous reformulez la même réponse quinze fois. Vous changez un mot, puis vous revenez au précédent.
Posez-vous une question simple à la fin de chaque bloc: '' Est-ce que j'ai quelque chose de concret à dire là-dessus? '' Si oui, c'est suffisant. Une réponse imparfaite et incarnée vaudra toujours mieux qu'une réponse polie jusqu'à l'os.
Le matin, faites autre chose
Le matin de l'entrevue, faites un truc qui n'a rien à voir avec le poste. Lavez la vaisselle, oui oui pourquoi pas, moi le ménage ça me détend. Marchez vingt minutes dehors. Cuisinez un déjeuner pas pressé. Mettez une playlist qui n'a aucun rapport.
L'objectif: sortir le cerveau de la spirale. Ça paraît contre-intuitif. C'est pourtant ce qui vous ramène à vous-même pour l'entrevue.
Mon rituel à moi
Honnêtement? Quand je me prépare pour une entrevue, je me fais une playlist énergisante. Si je dois m'y rendre en voiture, c'est ça qui joue et je tape du main sur le volant. Ça me régule, et ça me ''ground''.
J'utilise aussi un cercle de visualisation, c'est de la PNL. J'ai mon ancrage, une scène où je me sens apaisée et en confiance. Je vais m'y poser quelques minutes.
Les minutes qui précèdent l'entrevue, ce n'est jamais le temps de relire vos notes. C'est là que le doute s'installe et qu'on se remet à réviser ses réponses. À ce moment-là, vous avez besoin de calme et de vous rappeler pourquoi vous êtes là. Vous pouvez vous redire ce que je me dis à moi-même: '' T'as pas à être parfaite, juste à répondre au mieux de tes connaissances. T'es prête, t'as fait la job. ''
La ligne fine entre préparer et masquer
Il y a une différence entre les deux. Préparer, c'est se donner les conditions de parler avec clarté. Masquer, c'est tout faire pour ressembler à ce que vous imaginez que l'employeur cherche.
Vous avez le droit de chercher vos mots. De prendre une pause avant de répondre. De dire '' bonne question, laissez-moi y réfléchir trente secondes ''. De revenir sur une réponse pour la préciser. Ce sont des choses humaines. Et ce sont des choses qui rassurent l'intervieweur, de toute façon quelqu'un qui réfléchit, c'est quelqu'un qui ne va pas improviser dans le poste.
La question qui vous ramène à l'essentiel
Si votre hyperfocus s'allume sur la mauvaise affaire ou peut-être la bonne chose mais pas au bon moment, disons, vous passez trois jours à fantasmer sur les questions pièges au lieu de travailler vos vraies réponses; sortez-vous en avec une question concrète:
'' Qu'est-ce que je veux qu'ils retiennent de moi à la fin de cette entrevue ? ''
Une seule réponse. Tout le reste se réorganise autour.
Au fond, préparer une entrevue avec un cerveau neurodivergent, c'est devenir plus précis sur qui vous êtes et laisser cette précision parler pour vous le jour J.
Questions fréquentes
Combien de temps avant l'entrevue je devrais arrêter de me préparer ?
1 ou 2 jours avant l'entrevue, vous arrêtez la préparation intensive. La veille, votre cerveau a besoin de digérer ce qu'il a accumulé. Faites un bloc léger pour relire vos points clés, puis vous coupez.
Est-ce qu'on doit dire à son employeur qu'on est TDAH ou neurodivergent?
C'est votre choix et il n'y a pas de réponse universelle. Si votre neurodivergence influence des conditions de travail dont vous avez besoin pour bien performer; environnement calme, communications écrites, un dévoilement ciblé peut servir. Si ce n'est pas nécessaire pour le poste, vous n'avez aucune obligation, c'est vous qui contrôlez le narratif.
Comment savoir si mon hyperfocus joue contre moi pendant la préparation?
Deux signaux: vous accumulez l'information sans rien retenir ou vous tournez en rond sur un détail. Quand l'un d'eux apparaît, c'est le moment de faire une pause et de revenir à l'essentiel, qu'est-ce que vous voulez que cette personne retienne de vous?
Si vous voulez creuser ça avec moi, mon coaching d'entrevue est pensé pour les profils atypiques. On y travaille au cas par cas, on crée la recette ensemble.
Parfaitement atypiques, profondément redoutables.





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