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Entrevue quand on est autiste: le jeu dont personne ne vous a donné les règles

Audrey Lessard, coach en entrevue spécialisée en autisme, assise à une table de café et souriant à la caméra
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Cet épisode prolonge le texte en conversation: Écoutez-le en marchant, en cuisinant!


Pendant longtemps, les entrevues ont été une énigme pour moi.


J'avais les compétences, la volonté. Et pourtant, chaque fois, je ressortais d'une entrevue vidée, avec l'impression tenace de ne pas avoir réussi à montrer ce que j'avais vraiment à offrir. Ça me coûtait une énergie folle. Beaucoup plus que ça semblait en coûter aux gens autour de moi.


Il y a une quinzaine d'années, j'ai fini par engager un coach d'entrevue. Je ne connaissais rien à la neurodivergence à ce moment-là et je ne savais pas que j'étais autiste. Je voulais juste comprendre pourquoi un exercice qui semblait si simple pour tout le monde me demandait autant, à moi.


Avec le recul, cette décision-là a changé le cours de ma carrière. Je suis convaincue que sans cette préparation, je n'aurais jamais obtenu mon premier poste de directrice chez Desjardins.


Ce coach m'a donné des repères. Une façon d'entrer dans l'entrevue en terrain un peu connu. En pratiquant, l'entrevue cessait d'être un immense territoire inconnu. Mon cerveau pouvait enfin s'appuyer sur une expérience déjà vécue au lieu d'essayer d'imaginer toutes les possibilités en même temps. L'inconnu devenait plus familier. Et ça, ça change énormément de choses.


Quelques semaines plus tard, j'entrais dans un rôle de gestionnaire où je me suis épanouie. Les attentes étaient claires. Je comprenais vite comment l'organisation fonctionnait et je me sentais à ma place, j'ai adoré ça.


Des années plus tard, récemment en fait, j'ai reçu un diagnostic d'autisme.


Pendant longtemps, je m'étais évaluée avec des attentes qui n'avaient jamais été faites pour mon fonctionnement. Le diagnostic n'a pas changé qui j'étais. Il m'a permis de me regarder avec un peu plus de douceur. Forcément, j'ai repensé à tout ce qui m'avait tant coûté sans que je comprenne pourquoi. J'avais enfin les mots pour ce décalage qui m'accompagnait depuis si longtemps.


Au fond, je voulais ce diagnostic pour une raison bien précise : arrêter de me juger avec les mauvais critères et développer un peu d'empathie envers moi-même. Et, curieusement, je me suis sentie plus entière.


Si je vous raconte tout ça, c'est parce que vous vous reconnaissez peut-être déjà un peu. Beaucoup de gens se reconnaissent tard, à l'âge adulte, les femmes en particulier. Peut-être que vous aussi, vous sortez des entrevues avec cette fatigue-là. Celle d'avoir travaillé deux fois plus fort que la personne d'à côté, sans que personne s'en aperçoive.

Restons ici un moment. C'est exactement là que tout se joue.


L'entrevue, ce jeu dont personne ne donne les règles


Prenez une question toute simple. '' Parlez-moi de vous. ''


Vous, vous entendez autre chose. Par où je commence? Depuis le début de mon parcours, ou depuis mon dernier poste? Pendant que vous cherchez le bon fil, le silence s'installe. Et vous le sentez passer, ce silence.


Autre exemple. '' Donnez-moi un cas de conflit que vous avez géré. '' Là, quatre ou cinq exemples vous montent en tête d'un seul coup. Vous voulez donner le bon. Sauf qu'on ne vous a pas dit ce qu'on cherchait, alors vous triez à toute vitesse, en direct, pendant qu'une partie de vous surveille encore votre posture et votre regard.


Et il y a tout le reste. Les règles que personne n'énonce jamais. Le petit bavardage du début, est-ce que c'est évalué? Le rire de politesse quand l'intervieweur fait une blague, est-ce que c'est obligatoire? Pour bien des gens, ces codes coulent tout seuls. Pour une personne autiste, c'est un deuxième examen qui se passe en même temps que le premier, sans énoncé et sans grille de correction.


C'est fatigant. Vous faites deux fois le travail pour le même résultat et personne dans la pièce ne s'en doute, la majorité du temps.


La plupart des gens que j'accompagne arrivent en croyant qu'ils sont mauvais en entrevue. Après une heure ensemble, on tombe presque toujours sur la même chose. Le contenu était là. C'est autour que rien n'avait jamais été outillé. Voilà ce que je répète souvent: dans les entrevues qu'on pourrait dire ''ratées'' que je vois passer, les réponses n'ont presque jamais été le problème.


Le masque


Il y a un mot pour ça. Le camouflage. En anglais, le masking.


C'est tous ces petits ajustements qu'on fait sans même s'en rendre compte, pour avoir l'air un peu plus comme les autres. Un contact visuel qu'on tient de force, une idée qui part de côté qu'on ravale à la dernière seconde. La voix qu'on pose, le sourire qu'on ajuste pile au bon moment.


Je ne veux pas dramatiser. Le camouflage, ce n'est pas une catastrophe et bien des personnes autistes le font avec un vrai talent. Moi la première, pendant des années.

Il coûte quand même quelque chose de bien réel. Tout ce que vous mettez à surveiller votre image, vous ne le mettez pas à écouter la vraie question ni à retrouver le bon souvenir au bon moment. Il y a là une ironie: on peut échouer une entrevue à cause de l'énergie dépensée à cacher son autisme, bien plus qu'à cause de l'autisme lui-même.

Il y a aussi un piège plus lent. Vous camouflez à la perfection, vous décrochez le poste et vous héritez d'un rôle taillé pour une version de vous que vous ne pourrez pas tenir sur la durée. La facture, ce que ça vous en coûte, arrive plus tard. Elle porte souvent le nom d'épuisement.


Dans mon accompagnement, tout va dans l'autre sens. J'aide la personne à se montrer telle qu'elle est, avec justesse.


Est-ce que je le dis?


C'est la question qui revient le plus souvent dans ma pratique. '' Est-ce que je dis que je suis autiste? ''

Je vais être franche avec vous. Il n'y a pas de réponse universelle. Il y a la vôtre, dans votre situation à vous, quand c'est le bon moment.


Ce que je peux vous donner, par contre, c'est le cadre. Au Québec, vous n'avez aucune obligation légale de divulguer votre autisme, votre TSA, à un employeur. Ni à l'entrevue, ni une fois en poste. La Charte des droits et libertés de la personne vous protège contre la discrimination à l'embauche.


Vous avez aussi le droit de demander des ajustements pour l'entrevue elle-même, sans même poser de mot sur votre fonctionnement. Recevoir les questions à l'avance. Avoir un peu plus de temps. Passer l'entrevue à l'écrit ou dans une pièce sans bruit qui gruge votre concentration ou votre énergie. Remplacer un test chronométré par une mise en situation. Vous n'avez même pas besoin d'un diagnostic officiel pour nommer un besoin. Un besoin nommé, ça suffit.


La nuance que je vous invite à garder, elle tient dans le pourquoi. On peut nommer un besoin depuis un endroit calme et aligné. '' Voici ce qui m'aide à faire du bon travail. '' Rien à voir avec une excuse. Et la manière dont un employeur reçoit votre demande, elle aussi vous apprend quelque chose. Une entrevue, ça va dans les deux sens. Vous les regardez autant qu'ils vous regardent.


Ce que je fais, concrètement, avec mes clients


Ce que ce coach m'a donné il y a quinze ans, je l'ai retravaillé et approfondi avec tout ce que je comprends aujourd'hui du fonctionnement neurodivergent.


L'idée de départ tient en une phrase. Une des choses qui coûte le plus cher, en entrevue, c'est l'incertitude. Alors on s'attaque à l'incertitude.


En pratique, on rend l'entrevue prévisible avant qu'elle arrive. On regarde les formats possibles, du panel à la mise en situation. On décortique les questions courantes pour comprendre ce que chacune cherche vraiment, en dessous.

Les scripts, justement, je les évite. Je l'ai vu sur moi et sur mes clients. Quand on récite une réponse apprise par cœur, le cerveau se met à chercher la phrase exacte au lieu d'écouter la question alors on finit par répondre à côté.


À la place, on se bâtit des ancres. Quatre ou cinq histoires professionnelles solides, que vous connaissez par cœur, pour les avoir vécues et que vous pouvez adapter à toutes sortes de questions. Vous gardez toujours un point d'appui, peu importe ce qui se passe.


Et on prépare la posture autant que les mots. Ce que vous dégagez en entrant dans la pièce commence bien avant votre première réponse. Quelqu'un qui sait à quoi s'attendre respire mieux. Et quand on respire mieux, on retrouve accès à ses idées et à soi-même.

La structure, contrairement à ce qu'on croit, ça libère. Ça transforme un terrain mouvant en terrain connu, et ça vous rend l'énergie que le masque vous prenait. Structure ne veut pas dire cadre rigide.


L'entrevue, ça s'apprend


L'entrevue, ça s'apprend. Comme on apprend les règles d'un jeu qu'on ne vous a jamais expliqué. Le jour où vous les connaissez, vous arrêtez de deviner et ce que vous savez déjà faire se met enfin à paraître.


Votre compétence n'a jamais été en cause. Ce qui manquait possiblement, c'était un terrain lisible et une préparation taillée pour votre fonctionnement.


Vos réponses, très probablement, n'ont jamais été le problème.


Si vous voulez continuer


Si quelque chose ici a résonné, il y a quelques portes. Vous choisissez votre rythme.

Il y a mon outil gratuit de préparation d'entrevue, propulsé par l'IA, directement sur le site. Vous pouvez commencer à pratiquer de chez vous, ce soir si le cœur vous en dit, sans rendez-vous.


Il y a aussi l'appel découverte gratuit de trente minutes. On regarde ensemble où vous en êtes et vous repartez avec quelque chose, même si on ne travaille jamais ensemble.

Et si l'idée de parler en visioconférence vous pèse, écrivez-moi simplement, à info@adnevolution.ca. Prenez le temps qu'il vous faut. Aucun jugement de mon côté, juste une porte laissée ouverte.


Pour aller plus loin sur la neurodivergence au sens large (TDAH, douance, TSA), il y a mon guide plus complet: Réussir une entrevue quand on est neurodivergent au Québec.

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