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Sous-entendus au travail : ce que vous captez vraiment

30 sept.
7 min de lecture

Deux collègues en conversation au travail, vus à travers une vitre

Je capte quand une phrase sonne faux.


Quelqu'un dit ''Ici, on est vraiment ouverts au feedback.'' Le monde hoche la tête. Moi, j'ai entendu autre chose. Le ton trop lisse. La phrase arrivée trop vite, comme une formule apprise. Le regard qui file une demi-seconde vers la porte avant de revenir. Je sais, sans pouvoir le prouver, que la décision était prise avant que la rencontre commence.


Ça m'arrive en rencontre, en formation, devant un groupe. Et la plupart du temps, je ne dis rien. Je continue à suivre le contenu. Je gère ce que je viens de capter. Et une partie de ma tête se demande si j'invente.


Pendant longtemps, j'ai cru que j'étais seule à fonctionner comme ça. C'était désagréable à porter. Ces ''impressions'' arrivent sans preuve. On finit par les traiter comme un défaut à corriger.


Trois choses ont changé ma façon de voir.


Ce que je captais était réel.


Ça peut être utile.


Et je suis loin d'être seule : des gens m'en parlent régulièrement. Chacun est convaincu d'être le seul à vivre ça.


C'est pour ça que j'écris ce texte.


Ce que vous captez réellement


Vous connaissez probablement déjà ce phénomène en dehors du travail.


Votre conjoint ou votre conjointe vous dit ''Non, je n'ai rien.'' Vous savez que quelque chose ne va pas. Parfois, vous le sentez avant même que la personne s'en rende compte.


Une amie répond ''Non, non, ça me dérange pas'' quand vous changez le plan du souper. Sa voix est un peu plus aiguë que d'habitude. Vous savez que ça la dérange.


Votre enfant jure qu'il a fini ses devoirs. Il répond un peu trop vite. Vous allez vérifier.


Au travail, c'est le même mécanisme. Vous captez des écarts entre ce qui est dit et ce qui se passe.


L'écart entre les mots et la vitesse à laquelle ils sont dits.


L'écart entre ce qui est annoncé et ce qui est déjà organisé.


L'écart entre le ton d'une personne avant la rencontre et son ton pendant la rencontre.


L'écart entre quelqu'un qui explique et quelqu'un qui couvre une erreur en parlant plus fort.


Beaucoup de personnes neurodivergentes remarquent ces signaux avec une grande précision.


Que le profil soit TDAH, TSA, douance, un mélange de tout ça ou aucun des trois, le fonctionnement se ressemble: le cerveau enregistre les petites incohérences. Il ne s'arrête pas à la version officielle.


Ce traitement de l'information est très fin. Il arrive à la conscience sous forme d'une impression: ''quelque chose cloche''.


La difficulté vient juste après. Vous captez l'écart. Vous ne savez pas toujours quoi en faire.


Les sous-entendus au travail : des phrases qui veulent dire autre chose


Certains écarts sont moins subtils. Ce sont les sous-entendus au travail. Ils sont dans les mots eux-mêmes.


Au travail, plusieurs phrases ont un sens officiel et un sens réel. Tout le monde semble connaître le sens réel. Personne ne l'a jamais écrit nulle part.


C'est un peu comme quand un parent dit ''On verra'' à un enfant qui demande un chien. L'enfant finit par comprendre que ça veut souvent dire non.


Voici des exemples qu'on entend dans beaucoup de milieux de travail.


''Quand t'auras une minute.'' Souvent, ça veut dire : dès que possible, idéalement aujourd'hui.


''C'est juste une suggestion.'' Souvent, ça veut dire : j'aimerais que ce soit fait de cette façon.


''On en reparlera.'' Souvent, ça veut dire : pas maintenant, et peut-être jamais.


''Intéressant.'' (dit sur un ton neutre, en réunion) Souvent, ça veut dire : je ne suis pas d'accord.


''Si jamais t'as le temps d'y jeter un œil.'' Souvent, ça veut dire : j'ai besoin de ton avis avant l'échéance.


''Pas de pression.'' Souvent, ça veut dire : il y a une échéance et elle est proche.


''Je te mets en copie, pour info.'' Souvent, ça veut dire : je veux que tu saches que c'est sur la table et je veux une trace écrite.


Ces phrases ne sont pas des mensonges. Elles servent à adoucir une demande ou un refus. Le problème, c'est qu'elles exigent de deviner.


Pour plusieurs personnes neurodivergentes, les mots sont d'abord pris au sens littéral. ''Quand t'auras une minute'' veut donc dire : quand j'aurai une minute. Et la personne se fait reprocher le lendemain de ne pas avoir fait la tâche plus vite.


Quand vous avez un doute, une question courte règle la situation :


''J'aimerais bien prioriser. Pour quand en as-tu besoin?''


''Je veux m'assurer de bien faire. Est-ce que tu veux que je le fasse de cette façon, ou je peux choisir?''


''J'aimerais qu'on en reparle. Est-ce qu'on fixe un moment?''


Ces questions sont neutres. Elles montrent que vous êtes sérieuse ou sérieux. Et elles vous évitent des heures à essayer de deviner.


Pourquoi ça épuise autant


Ce qui fatigue, c'est de capter un signal sans savoir quoi en faire.


Vous n'avez pas de preuve. Vous regardez autour : personne ne réagit. Votre tête se met alors à hésiter entre trois réponses possibles, sans en choisir une.


''Je me trompe peut-être.'' Vous cherchez des explications plus douces. Elle était fatiguée. Il ne s'est pas bien exprimé. Vous mettez le signal de côté.


''Ils le voient aussi, mais ils ne le disent pas.'' Vous comprenez alors qu'il existe une règle dans le groupe : on voit et on ne nomme pas. Cette règle n'est écrite nulle part.


''Je le nomme.'' Vous savez déjà ce que ça peut coûter. Vous l'avez peut-être déjà fait, plus jeune et ça s'est mal passé.


Vous passez d'une réponse à l'autre pendant que la rencontre avance. Vous finissez la journée à plat. Et sur papier, vous n'avez ''rien fait de spécial''. C'est une forme de fatigue au travail peu visible chez les profils atypiques. Elle vient du décodage en continu, plus que des tâches elles-mêmes.


Le piège de la validation


Le réflexe naturel, c'est d'aller vérifier auprès de quelqu'un : ''Toi, t'as trouvé ça bizarre, la rencontre?''


Deux réponses sont possibles. Dans les deux cas, votre doute reste entier.


''Non, j'ai rien remarqué.'' Vous repartez avec encore plus de doute.


''Ouais, un peu.'' La personne hausse les épaules et passe à autre chose.


C'est comme demander à votre voisin si votre conjoint avait l'air fâché ce matin. Il n'était pas dans la cuisine. Il ne peut pas vous répondre.


Au travail, c'est pareil. Vous demandez à quelqu'un de confirmer un signal qu'il n'a pas capté. À la longue, cette habitude vous apprend surtout à douter de votre propre lecture.


La solution la plus fiable : noter vous-même ce que vous observez. C'est le premier point qui suit.


Quatre façons de gérer cette perception au quotidien


Voici ce que je travaille avec les personnes qui vivent ça.


1. Notez, datez, repérez ce qui se répète. Une impression isolée reste une impression. Trois situations notées deviennent une donnée. Gardez une note quelque part : la date, la situation, ce qui a été dit, ce que vous avez capté. Après quelques semaines, vous verrez si le même scénario revient. Si oui, vous avez des faits en main. Vous n'avez plus besoin que quelqu'un confirme votre impression. Si non, vous pourrez passer à autre chose plus tranquillement.


2. Séparez ''je perçois'' et ''je dois agir''. Percevoir quelque chose ne vous oblige à rien. Vous pouvez remarquer un signal et ne rien en faire aujourd'hui. C'est un choix légitime. Cette séparation enlève déjà beaucoup de charge.


3. Parlez au je, à partir de ce que vous avez perçu. ''Vous faites semblant de nous consulter'' accuse l'autre. La conversation s'arrête là. ''J'ai perçu que le budget était déjà réparti quand on nous a demandé nos priorités. Est-ce que je lis bien la situation?'' part de ce que vous avez observé. L'autre personne peut répondre sans se défendre.


À la maison, ça fonctionne de la même façon. ''Tu boudes'' accuse l'autre et déclenche une dispute. ''J'ai ressenti un malaise quand on a parlé des vacances au souper. Est-ce qu'il se passe quelque chose?'' permet d'en parler.


4. Choisissez quand vous en parlez. Vous captez trop d'écarts pour tous les nommer. Gardez vos interventions pour les situations où le silence a un vrai coût : une décision qui va nuire à quelqu'un, un risque que personne ne voit, une entente qui vous engage.


Ce que cette perception vaut sur le marché du travail


Repérer l'écart entre ce qui est dit et ce qui est réel est une compétence recherchée dans plusieurs métiers.


Audit, gestion de risque, enquête, négociation, évaluation de partenaires d'affaires, accompagnement. Dans ces domaines, on embauche des gens précisément parce qu'ils remarquent quand une histoire ne concorde pas.


La même perception qui vous fatigue dans certaines réunions est une force dans d'autres contextes. La question utile devient : dans quel milieu votre lecture est-elle reçue comme une information, plutôt que comme un problème de personnalité?


Changer de contexte est possible. Pour moi, ça a commencé le jour où j'ai arrêté de me demander si j'inventais.


Questions fréquentes


Est-ce que sentir le performatif est lié à la neurodivergence?


Ce phénomène touche aussi des personnes neurotypiques. Il est toutefois souvent rapporté par les personnes autistes, TDAH ou à haut potentiel. Leur cerveau a tendance à remarquer les détails et les incohérences avant l'impression d'ensemble.


Comment savoir si je me trompe?


Notez vos observations pendant quelques semaines. Une impression isolée ne constitue pas une preuve. Une situation qui se répète, avec des dates et des faits, en constitue une.


Comment savoir ce qu'une personne veut vraiment dire au travail?


Commencez au je, puis posez une question précise sur ce qui est flou : l'échéance, la façon de faire ou la prochaine étape. Par exemple : ''J'aimerais bien prioriser. Pour quand en as-tu besoin?'' Une question neutre vous donne une réponse claire. Vous n'avez plus à deviner.


Faut-il en parler à son employeur?


Pas nécessairement et pas pour chaque situation. Parlez-en quand le silence a un coût réel. Parlez au je : nommez ce que vous avez perçu et dans quelle situation, puis posez une question. Par exemple : ''J'ai perçu une hésitation quand on a parlé de l'échéancier. Est-ce qu'il se passe quelque chose?''


Pour aller plus loin


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