Refus au travail: quand ça finit par vous changer
- Audrey Lessard

- il y a 2 jours
- 5 min de lecture

'' Je commence à perdre espoir. ''
'' Je pense abandonner. ''
Je l'entends souvent en rencontre de coaching. Et je la reconnais tout de suite, cette fatigue-là, parce que je la connais de l'intérieur. C'est celle qui arrive après trop de non et trop de silences.
Elle revient encore plus souvent chez les personnes que j'accompagne. Des personnes atypiques. Du monde qui a passé, bien souvent, sa vie à se faire dire qu'il était trop ou pas assez.
On peut penser à un processus d'embauche, mais c'est aussi la promotion qui va à quelqu'un d'autre, encore. C'est l'idée que vous nommez en réunion et qui tombe dans le vide, que quelqu'un redit vingt minutes plus tard et qui devient soudainement bonne. C'est le projet où on ne vous invite pas. C'est la candidature qui reste sans réponse.
Pris un à la fois, ce sont des irritants. Mis bout à bout sur des années, ça devient autre chose.
Ce qui m'inquiète le plus là-dedans, c'est le glissement. Le glissement vers le doute de soi. Il s'installe sans faire de bruit: à force de se faire dire non, on finit par accepter une fraction de sa propre valeur.
Ça commence par demander moins. Puis par ne plus rien demander du tout.
Vous faites tout ce qu'il faut. Vous vous préparez plus que les autres. Vous répétez vos réponses tout haut dans l'auto. Vous vous préparez à faire du small talk qui ne vous ressemble pas. Vous décidez d'avance combien de temps vous allez regarder l'autre dans les yeux. Et ça ne s'arrête pas à l'entrevue.
Le dîner d'équipe. Le corridor. Le lundi matin quand quelqu'un demande comment a été votre fin de semaine. La réunion où il faut avoir l'air totalement détendu.
Malgré tout ça, vous finissez la journée avec un doute dans le ventre. Vous relisez le message que vous avez envoyé à midi pour vérifier s'il sonnait correct. Le soir, vous rejouez la réunion dans votre tête en cherchant ce que vous auriez dû dire autrement. Un moment donné, vous vous demandez si le problème, c'est vous.
Il y a une autre lecture possible.
À force de vivre du rejet, on finit par y croire. À croire qu'on n'est pas ce qu'ils cherchent. Qu'il faudrait en faire plus. Être plus convaincant. Plus ''normal''.
Et à force d'y croire, quelque chose se déplace. Vous arrivez toujours aussi préparé. Il y a juste moins de vous dedans.
Il y a un nom pour ça. Le masque.
Vous le portez peut-être depuis l'école primaire, sans jamais l'avoir choisi. Il travaille fort. Il vous fait passer pour quelqu'un de lisse, de facile à gérer. Et il vous coûte une énergie que personne dans la pièce ne voit.
C'est là le paradoxe cruel: plus vous vivez du rejet, plus vous risquez d'en vivre encore. Parce qu'à force de se protéger, on se met en retrait sans s'en rendre compte. Le doute finit par entrer dans la pièce avant vous.
Je vous entends d'ici. '' wow, elle est donc bien défaitiste, la madame. ''
Je sais, j'ai passé beaucoup de temps sur la partie difficile. Restez, la suite est plus douce.
Je le dis souvent: des fois, on a surtout besoin d'un miroir.
Un miroir humain. Pas celui des cabines d'essayage qui vous détruit le portrait, on le déteste celui-là. Non, celui qui vous aide à voir ce que vous ne voyez plus quand vous êtes épuisé de vous justifier. Quelqu'un qui vous aide à recoller les morceaux du regard que vous portez sur vous.
Parce qu'à force de devoir se prouver, on oublie ce qu'on avait envie de dire pour vrai.
Je capte ce qui ne se dit pas. Une micro-expression, un changement dans la voix. Je le sens dans mes tripes, tout de suite. Longtemps, j'ai pensé que tout le monde fonctionnait comme ça.
J'ai fini par comprendre que non. Mon cerveau est câblé autrement. Ça vient avec ses coûts: il y a des journées où je capte tellement de choses que je dois m'isoler après une seule rencontre.
En coaching, par contre, c'est une force. Je détecte la façade parce que j'ai porté la mienne longtemps. En fait je '' déteste '' la façade. Et je reconnais l'authenticité quand elle se pointe.
Avec le temps, j'ai compris que je suis un miroir. Si vous arrivez figé, je le sens. Si vous arrivez chaleureux, je vous le redonne, avec la lumière et tout.
C'est pour ça que je travaille avec des personnes atypiques. Je parle la même langue.
Vous avez besoin d'un endroit où votre façon de fonctionner n'est pas un problème à gérer.
Ce texte ne vous dira pas comment vous vendre. Il ne vous encouragera pas à jouer un rôle. Vous en jouez déjà assez possiblement.
Si vous voulez faire une seule chose ce soir, en voici une. Faites la liste des affaires que vous avez arrêté de demander.
La formation.
Le dossier.
La place dans le projet.
Le salaire.
Vous n'avez rien à faire avec cette liste-là. Juste à la regarder.
Vous voulez savoir à quoi ça ressemble, quand vous recommencez à demander? C'est petit. Tellement petit que vous risquez de le manquer.
Un matin, vous nommez votre idée en réunion sans l'avoir répétée trois fois dans votre tête. Elle sort tout croche, c'est parfait, vous avez chaud dans le dos en la disant, c'est okay aussi.
Vous demandez quelque chose. Ça peut être un dossier, une place dans un projet, cinq minutes du temps de votre patron.
On vous dit non. Et ça vous suit pendant la journée au lieu de la semaine.
Un moment donné, vous réalisez que vous avez arrêté de vous excuser d'avoir posé la question, d'avoir demandé.
Rien de spectaculaire là-dedans. C'est souvent des semaines plus tard qu'on se retourne et qu'on voit le chemin parcouru.
Mais c'est le signe que vous êtes entré dans la pièce avant votre doute.
Ce n'est pas parce que vous n'avez pas encore trouvé la bonne chaise que vous devez vous rétrécir pour entrer dans toutes les autres.
Vous voulez en parler? Écrivez-moi en privé à info@adnevolution.ca
Je vous offre un endroit pour déposer ce que vous portez et repartir avec une posture qui vous ressemble.
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PS: Vous finissez vos journées à vous demander si le problème, c'est vous? Vous ne savez pas par où commencer?
En moins de 3 minutes, vous arrêtez de deviner. Vous saurez ce qui vous vide chaque semaine, avec un nom précis et par quoi commencer.
Fini l'impression floue que quelque chose cloche sans savoir quoi.
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