David Boily: Derrière le directeur, le candidat et le travailleur de rue
- Audrey Lessard

- il y a 4 jours
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Le premier bureau qu’on voit en entrant à la Villa Beauvoir, c’est le sien. Vitré, ouvert, à la hauteur de l’accueil. Pas de secrétaire ni d’adjointe en première ligne. Juste David Boily, directeur depuis six ans, qui signe lui-même les baux et reçoit lui-même les familles. C’est un choix. Et ce choix-là, en réalité, dit déjà beaucoup sur l’homme.
La Villa Beauvoir est une résidence pour aînés de 120 personnes à Alma, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. À l’automne 2025, David s’est aussi présenté comme conseiller municipal dans le district Saint-Pierre. Mais en jasant avec lui, on comprend vite que ces titres-là racontent juste un bout de l’histoire.
Ce qui m'a donné envie de l'inviter aux Rendez-vous déjantés, c'est son parcours. David fait partie de ces gens qui se sont bâtis hors des sentiers battus. Il a fait des études en intervention sociale et il a aussi suivi des cours universitaires en administration et gestion des ressources humaines.
Mais son métier de gestionnaire, il l'a surtout appris sur le terrain. Par l'expérience. Par ce côté autodidacte qui le pousse à comprendre comment les choses fonctionnent vraiment.
Et par la volonté très claire, à un moment de son parcours, de devenir un gestionnaire.
Travailleur de rue, gestionnaire, papa, directeur de résidence, candidat municipal: vu de l’extérieur, son parcours donne l’impression de quelqu’un qui aime les défis. Lui, il parle de proximité, d’écoute, d’être présent là où les choses se passent vraiment.
Et plus on jasait, plus je remarquais qu'il y avait un mot qui revenait tout le temps dans ce qu'il me racontait; terrain.
Les premiers contacts
Et son premier terrain à lui, c'était celui des travailleurs de rue. Et ces années-là l'ont façonné.
Ce qui l'attirait, c'était l'absence de cadre. Aucune journée pareille. On va vers les gens, dans les bars, les parcs, les restaurants et on se rend disponible. La toxicomanie, la santé mentale, la prévention, les jeunes en difficulté: il aimait justement ne pas être enfermé dans un seul rôle.
Il se décrit lui-même comme un généraliste. Quelqu'un qui aime mieux comprendre l'ensemble que de rester dans un cadre trop rigide.
Mais le rythme était exigeant. Les horaires de soir qui s’étirent tard dans la nuit. L’énergie que ça prend, tout le temps, pour aller vers l’autre et créer le contact soi-même.
‘’ C’est toi qui crées ton travail. Si tu décides de parler à personne, il ne va rien se passer. ‘’
Avec le temps, il a réalisé qu’il aimait aussi bâtir des milieux où le lien pouvait se créer autrement. Plus durablement, plus enraciné dans le quotidien.
Ce besoin d'aller vers le monde, sans pour autant s'y épuiser, c'est ce qui va le pousser à changer de métier.
Le besoin de mouvement
Après le travail de rue, la gestion.
Quand il entre dans une organisation, il regarde tout. Les opérations, les ressources humaines, les façons de faire. Il propose des idées, il touche à plusieurs affaires en même temps. Et vite, les responsabilités montent.
Quand il arrive à la Villa Beauvoir, il y a beaucoup à moderniser. Peu de technologie, des processus encore sur papier. Pour lui, c’est stimulant. Il bâtit, il transforme. Puis, six mois plus tard, la pandémie frappe.
Aujourd’hui, la résidence est pleine. Les rénovations sont faites, le roulement de personnel est faible, la liste d’attente dépasse la centaine de personnes. Tout roule.
Et c’est là qu’il me dit quelque chose qui m’a fait sourire.
‘’ Là, je gratte les murs.’’
Il aime profondément ce qu’il fait. C’est simplement qu’il a besoin de sentir qu’il avance, qu’il construit, qu’il améliore, qu’il règle quelque chose.
Le premier bureau en entrant
Quand je lui demande pourquoi son bureau se trouve là, à l’entrée, sa réponse est simple. Il aime suivre les choses du début à la fin. Comprendre les situations au complet. Assumer autant les bons coups que les erreurs.
Dans bien des résidences, on rencontre d’abord une agente de location, parfois une adjointe. Le directeur, lui, reste en retrait. David, c’est l’inverse. Il veut être en première ligne, parce que c’est là, selon lui, que le lien se crée.
Il parle beaucoup des familles. Des enfants qui accompagnent leur parent âgé, des inquiétudes, de la confiance qu’ils lui donnent quand ils confient quelqu’un qu’ils aiment à une résidence. Et visiblement, il prend ça très au sérieux.
Même quand un résident doit partir vers une ressource qui offre plus de soins, il continue parfois d’aller le voir. Pour lui, le lien ne s’arrête pas au contrat.
Rester humain
Je lui ai demandé comment on reste humain quand on travaille tous les jours proche de la vulnérabilité.
Il m’a répondu presque tout de suite.
« Comment tu fais pour ne pas l’être ? »
La phrase est restée. Parce qu’elle résume pas mal sa façon de voir les choses.
David parle de personnes âgées qui perdent leurs repères, de familles fatiguées, de l’impatience qui monte parfois avec la perte d’autonomie. Il accompagne des résidents jusque dans des tâches très personnelles.
Mais le moment qui semble le marquer le plus, c’est quand un aîné doit être déplacé un temps, après un dégât ou des rénovations. Il me raconte qu’un simple changement d’environnement peut bouleverser une personne âgée bien au-delà de ce qu’on imagine.
Le municipal
Quand il parle de politique municipale, ce qui ressort, c'est le concret.
Un parc qu’on aménage. Un tronçon de rue dangereux qu'on corrige pour éviter des accidents. Le visible, le tangible.
Il me dit qu'il se verrait mal en politique provinciale. Trop loin du terrain à son goût. Le municipal, pour lui, ça ressemble pas mal à ce qu'il aime déjà faire au quotidien: être proche du monde et participer pour vrai à l'amélioration d'un milieu de vie.
La campagne politique de 2025 l'a surpris. Le porte-à-porte, qu'il pensait trouver dur, est devenu une des parties qu'il a le plus aimées. Il a marché tellement qu'il a perdu une couple de livres en chemin.
L'adversaire avait l'expérience. David, lui, est allé chercher une belle part des votes en se présentant simplement comme il est. Il en est fier et ça paraît dans sa voix.
Malgré la défaite, il en parle encore avec énormément d'énergie. Il a aimé l'expérience pour vrai. Trouver des dossiers chauds, rencontrer les citoyens chez eux, écouter ce qu'ils vivent au quotidien. Tout ça l'a allumé.
Et il l'annonce sans détour: il a bien l'intention de se représenter aux prochaines élections. Dans quatre ans, dit-il, il sera juste plus préparé.
Entre-temps, il garde l'œil ouvert pour les occasions qui se rapprochent de son objectif.
Quelqu'un qui a trouvé un autre endroit où son besoin d'agir pouvait s'exprimer et qui n'a clairement pas dit son dernier mot.
Habiter une mission
Il y a un sujet qui revient avec une émotion particulière dans sa voix. La mission derrière la résidence.
La Villa Beauvoir appartient à la Fondation Nick Michel, un modèle unique au Québec. Il n'y a pas de propriétaire privé qui empoche les loyers. Les profits sont redistribués à des organismes de bienfaisance du territoire, pour soulager la pauvreté, améliorer la santé et soutenir l'éducation des jeunes défavorisés. Et ça, visiblement, ça compte énormément pour David.
Parce que ce n'est pas une mission de façade. En plus de vingt ans, c'est plus d'un million de dollars qui a été redonné à la communauté de cette façon. Des centaines d'organismes ont bénéficié de ces sommes. Le seul fait d'habiter à la Villa Beauvoir, juste louer un logement, fait avancer quelque chose dans le milieu.
Puis il me raconte l'histoire de Nick Michel, l'homme derrière la fondation. Un immigrant libanais arrivé au Québec avec presque rien, qui vendait des coupons de tissu en porte à porte avant de bâtir ses commerces et ses immeubles un à un. La résidence, c'est lui qui l'a fait construire. À son décès, en 2013, il l'a léguée à sa fondation pour qu'elle continue de redonner à la communauté qui l'avait accueilli.
Pour David, c'est une façon de prolonger ce geste-là au quotidien. Faire en sorte que la résidence reste un milieu de vie chaleureux pour ses résidents et un levier pour la communauté autour. Un héritage qui se poursuit.
On sent que cette histoire-là le touche profondément. Parce qu'au fond, tout ce que David raconte depuis le début revient toujours un peu à la même affaire. Être utile.
Les questions déjantées
Je pouvais pas terminer un Rendez-vous déjanté sans quelques détours imprévus.
Si son cerveau avait une trame sonore en permanence?
Je m’attendais pas à ça, du dance des années 90, sans hésiter. Il me raconte qu’il suffit parfois d’une toune dans l’auto pour lui changer l’humeur au complet.
Et si tous les candidats municipaux devaient passer un examen de ‘’la vraie vie’’ avant de se présenter, quelle question il y aurait dedans?
J’ai trouvé sa réponse brillante.
‘’ Le nom de ton voisin. ‘’
Parce que pour lui, on peut pas prétendre représenter des gens si on ne connaît même pas ceux qui vivent juste à côté. Le bon voisinage, dans sa bouche, c’est très concret. C’est le voisin qui arrive avec sa souffleuse, sans même que tu lui aies demandé, parce qu’il t’a vu forcer dans ton entrée.
Ce que je retiens
Ce que je retiens de David Boily, c’est quelqu’un de profondément attaché au concret. Au monde, aux liens qui restent proches du quotidien.
Quelqu’un qui aime bâtir, régler, améliorer, faire avancer les choses. Tout en restant le plus proche possible du terrain.
Il bouge beaucoup, change de défi, cherche tout le temps le prochain chantier. Et pourtant, il reste. À Alma, qu’il n’a jamais quittée. À l’accueil de sa résidence, là où on le voit en premier. Avec les gens, même quand ils partent.





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