Annie Comtois: Quand la voix devient territoire intérieur
- Audrey Lessard

- il y a 4 jours
- 8 min de lecture
Il y a des gens dont la présence vous touche avant même qu'ils aient fini leur première phrase. Annie Comtois est de ceux-là. Coach de voix consciente, elle accompagne les leaders de cœur, ceux qui portent une mission plus grande que leur ego, à libérer ce qu'elle appelle leur voix d'impact. Celle qui tremble un peu parfois et qui, justement pour ça, rejoint les autres.
Notre rencontre, dans le cadre des Rendez-vous Déjantés, a duré le temps d'une conversation qui ne voulait pas finir. Et pour cause.

Un parcours tissé de voix, de scènes et de silence
Le chemin d'Annie vers le coaching vocal est sinueux et pleinement vivant. Chanteuse depuis vingt ans, animatrice, narratrice, passionnée d'arts dramatiques et de création littéraire: c'est dans ce terreau riche que sa pratique a pris racine. Le coaching de voix, lui, a débuté il y a plus de 18 ans. La pleine conscience est venue compléter le tableau, transformer l'artiste en accompagnatrice et l'accompagnatrice en guide.
C'est une étudiante universitaire qui a tiré la première sonnette. Elle voulait apprendre le chant. Annie a dit oui, presque par instinct. Ce qui s'est passé ensuite l'a surprise: les gens ne ressortaient pas juste avec une meilleure voix, ils ressortaient transformés. Une femme lui a confié que c'était comme si on lui avait enlevé un étau de la gorge. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Le deuxième déclic est venu de façon inattendue: en tant que rédactrice, un rôle qu'elle occupait à l'époque pendant quelques années, Annie a dû écrire un article sur ce qui définit un bon coach, à la suite d'une entrevue avec un expert du domaine. En rédigeant, elle s'est reconnue dans chaque ligne. Elle était sur la mauvaise chaise.
Le chemin vers cette pleine expression a pourtant eu ses embûches. Annie s'est confiée sur l'une d’elles, une épreuve que peu d'entrepreneures osent nommer ouvertement. Sur sa route, il y a eu une coach de voix, une femme qui a occupé une place immense sur son parcours, une présence inspirante. Cette complice l'a accompagnée vers sa professionnalisation comme artiste de la scène. Croyant en elle et en son potentiel, cette enseignante la surnommait affectueusement « sa Grammy Award ». C'est peut-être pour ça que quand tout a basculé, le choc a été si brutal. La même personne qui l'avait portée s'est retournée contre elle, la harcelée pendant des années, l'insultant publiquement, lui disant qu'elle était une honte pour la profession. Résultat: Annie a presque rangé ses services, s'est tue sur ce qu'elle savait faire, tout en continuant à accompagner celles qui la trouvaient par bouche-à-oreille.
La pandémie a tout changé. Dans cet arrêt forcé du monde, elle a choisi de s'y consacrer pleinement, cette fois, sans compromis.
Il y a quelque chose de profondément cohérent dans ça: honorer sa voix professionnelle après l’avoir diminuée et presque éteinte à cause d'une autre voix. Ce n'est pas anodin. Ce n'est pas un hasard non plus.
'' Coach de voix consciente '', c’est quoi au juste?
Je lui ai posé la question directement: Coach de voix consciente, c'est un titre qu'on entend pas souvent. Comment tu l'expliques quand les gens te regardent avec un point d'interrogation?
Elle a un sourire fier, de celle qui a trouvé sa voie en même temps que sa voix. Comme si elle me partageait un secret longtemps gardé presque pour elle seule et qu'elle prenait encore plaisir à le sortir de sa poche. Elle se présente comme quelqu'un qui crée le pont entre le leadership intérieur et la voix, avec son approche en leadership vocal. Trois chapeaux: le chant, l'expression libre de soi et la prise de parole d'impact. Et une conviction profonde, que chacun a une voix et un message uniques qui méritent d'être entendus.
Elle est profondément touchée lorsqu'elle rencontre des leaders brillants qui n'osent pas encore porter pleinement leur message. C'est cet appel qui l'a amenée, au fil des dernières années, à accompagner des centaines de professionnels à incarner leur voix dans leur prise de parole, à prendre leur place en vidéo, sur scène et dans les médias et à faire rayonner ce qu'ils ont à dire avec confiance.
La pleine conscience est, chez Annie, le fil conducteur de toute son approche: amener la personne à prendre contact avec ce qui l'habite, sans jugement, avant même de travailler la technique.
Trois spécialités, une seule conviction
Tu parles de connecter le corps, le cœur, l'esprit et la voix. Pour quelqu'un qui entend ça pour la première fois, ça ressemble à quoi dans la vraie vie?
Annie explique qu'on commence toujours par le souffle. Pas par le message, pas par la structure, par le souffle. Parce qu'une respiration courte coupe la voix, brouille les idées et déconnecte de ce qu'on veut vraiment dire. On descend dans le corps. On sort du mental. Et de là, les mots justes viennent d'eux-mêmes, même en improvisation.
Elle a elle-même traversé ce travail, composant avec une voix voilée et rauque, découvrant comment les blocages énergétiques s'inscrivent dans le souffle, dans la gorge, dans le corps tout entier. À huit ans, elle était incapable de prononcer un mot pour se présenter en classe. Aujourd'hui, elle aide des leaders à habiter pleinement leur parole. Elle incarne, littéralement, ce qu’elle enseigne.
Qu'est-ce qui change chez une personne quand elle se reconnecte à sa voix authentique, qu'est-ce que tu observes?
Ce qu’elle observe en premier, c'est la posture. Quelque chose se dépose. Les épaules descendent. La voix prend de l'espace. Et surtout, la personne arrête de jouer un rôle. Elle cesse de reproduire une voix automatique, celle qu'on développe pour correspondre aux attentes des autres et elle commence à habiter la sienne, à la laisser évoluer.
La voix, le souffle et la neurodiversité
La conversation a naturellement dérivé vers un terrain qui m’est cher: la communication chez les personnes neurodivergentes. Annie a abordé avec une grande finesse les défis liés à la lecture de la communication non verbale, ces intonations, ces micro-expressions qui peuvent dérouter celles et ceux dont le système nerveux perçoit et traite le monde différemment.
Sa réponse, comme souvent chez elle, est ancrée dans le corps plutôt que dans la correction. Elle fait le lien avec les accords toltèques: ne pas faire de suppositions, poser des questions pour clarifier. Travailler la voix et la respiration, explique-t-elle, crée un effet de recul, un espace entre soi et la situation. Un peu comme un échauffement pour les athlètes: on entre dans un état de présence différent, plus disponible, moins exposé au bruit parasitaire des interprétations hâtives.
Ce qu'elle décrit ressemble à un superpouvoir cultivé. Et pour beaucoup de personnes sous le parapluie de la neurodiversité, c'est exactement ce que ça peut devenir.
La douceur comme force
Quelques jours avant notre rencontre, Annie publiait sur les réseaux sociaux un texte qui m'a arrêtée. Quelqu'un lui avait dit un jour: '' Tu es tellement gentille que tu as l’air niaiseuse. '' Sa réponse était directe, sans détour: la bonté ne sera jamais le problème. Je lui ai dit que ce post m'avait touchée et fait réfléchir. Alors on en a parlé.
Ça m'a rappelé quelque chose que je sortais souvent à mon équipe, du temps où je gérais en service à la clientèle. Les journées sont longues, les gens peuvent être brusques, parfois carrément difficiles. Et je revenais souvent à cette idée: on ne sait pas ce que l'autre a vécu avant de nous appeler. Si on veut briser le cycle, ne pas laisser l'énergie négative de l'un contaminer l'autre, il faut choisir consciemment sa réponse.
C'est là que je citais le Dalaï-Lama: ''kill them with kindness '' une douceur choisie, lucide, qui demande plus de maîtrise et d’arme de patience que n'importe quelle confrontation.
Annie a accueilli ça avec quelque chose de juste. Elle a dit qu'on peut être entière et douce en même temps. Qu'on peut poser des limites et rester ouverte. Qu'on peut écouter vraiment, pour comprendre, tout simplement. C'était un écho à ce que j'avais amené, mais vu depuis l'angle de la voix, du souffle, de la présence. Comme si nos deux pratiques se retrouvaient au même endroit par des chemins différents.
Les questions déjantées
Je ne serais pas moi-même si je ne glissais pas quelques questions qui sortent du chemin tracé.
Si ta carrière était un personnage de film, ce serait qui et pourquoi?
Annie a hésité, puis a choisi deux personnages. Superman, pour le désir d'aider, de faire une différence, d'utiliser ses dons au service des autres. Et Elsa, la Reine des Neiges, parce qu'au départ, elle ne sait pas maîltriser ses pouvoirs et essaie de les cacher. Comme Annie avec sa sensibilité, longtemps vécue comme un poids avant de devenir une force. Le parcours du film, c'est apprendre à assumer ses dons plutôt que de les enfouir, et en plus, elle chante.
Si tu pouvais donner une voix à n'importe qui ou n’importe quoi, une personne, un animal, un objet, que choisirais-tu?
Sans hésiter: son chien Jack, un mini caniche blanc. Elle raconte qu'en pleine méditation sur l'amour, dans sa formation professorale en méditation de pleine conscience, c'est l'image de Jack qui est montée spontanément. Il incarne pour elle la relaxation totale, la présence pure, sans agenda. Et elle aimerait bien savoir ce qu'il voudrait lui dire, ce qu'il garde pour lui depuis tout ce temps.
Je trouve ça parfait.
Ici et maintenant, tout est possible
Qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui a un message important mais qui n'ose pas le porter?
Elle me répond avec douceur et conviction que la première chose, c'est de connecter à son souffle, à sa présence, avant même de penser au message. Parce qu'un message porté depuis la peur ou le doute ne résonne pas de la même façon qu'un message incarné. Et que souvent, ce n'est pas le message qui manque. C'est la permission de le porter.
Et puis, en toute fin d’entrevue, je lui ai posé la question qui me touchait le plus directement.
Quel serait ton message à quelqu'un qui se sent déconnecté de sa propre voix?
Sa réponse m’a arrêtée net.
'' Tu n'as pas besoin d'aller connecter à ta voix d'avant. Tu as besoin d'aller connecter ici, maintenant, à ta voix d'aujourd'hui. Ici et maintenant, tout est possible. ''
J'ai réalisé, à cet instant, ce que je faisais depuis un moment sans me l'avouer. J'essayais de retrouver la voix de la directrice, celle qui animait ses réunions, qui savait comment entrer dans une pièce et la faire bouger. Mais entre-temps, j'ai fait le tour du monde pendant un an avec ma famille. J'ai tout quitté, puis tout rebâti. J’ai fondé ADN évolution pro. Je ne suis plus cette personne-là et vouloir sonner comme elle, c'est chercher des repères dans une maison que j'ai quittée. Ce que j'ai à dire aujourd'hui est plus grand, plus aligné, plus cohérent avec qui je suis devenue. Encore faut-il me faire confiance pour le porter avec cette voix-ci.
Ça, c'est le genre de conversation qu'on ressort différente.
Annie Comtois travaille avec des leaders d'entreprises, des conférenciers et des artistes qui veulent se mettre de l'avant en vidéo, en podcast ou en conférence.
Si sa musicalité vous interpelle, je vous invite à découvrir L’habit de l’imposteur et Tes lunettes roses, deux chansons qui disent, en quelques minutes, ce que les mots peinent parfois à expliquer.
Pour goûter à son approche de la voix en pleine présence, Annie propose deux masterclass gratuites:
5 clés pour libérer ta voix grâce au chant conscient (pour le chant)
3 piliers pour activer ta voix d’impact dans tes prises de parole (pour la prise de parole)
Vous retrouverez d’autres portraits de professionnels parfaitement atypiques et profondément redoutables sur Les Rendez-vous Déjantés | adnevolution.ca.




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