Les rendez-vous déjantés
- Audrey Lessard

- 28 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 janv.
Avec Mathieu Caron - Les entrevues atypiques

Il y a des conversations qui sortent du cadre.
Parce qu'elles prennent le temps d'aller ailleurs, où les conversations sont vraies.
Les rendez-vous déjantés est une série d'entrevues mensuelles, sur le blogue d'ADN évolution professionnelle, avec des personnes de différents milieux, connues ou non, qui acceptent de prendre un pas de côté pour parler autrement de leur parcours pro, de leur façon de penser et de ce qui se passe réellement dans leur tête surtout quand la pression monte.
Ici, on ne cherche pas la ''bonne réponse''. On s'intéresse aux détours, aux silences, aux micro-pensées, aux non-dits. À ce qui se joue à l'intérieur, que parfois on n'ose pas toujours exprimer.
Ces rencontres sont nées d’une fascination très simple que j'ai: comprendre ce qui se passe dans la tête des gens dans des moments pivots; entrevues d'emploi, transitions professionnelles, prises de décision, retour suite à une absence prolongée et réaliser à quel point ces expériences, souvent vécues en solitaire, sont en réalité profondément humaines et partagées.
Si ces échanges permettent à une seule personne de se dire '' je ne suis pas seule à penser comme ça '', alors le rendez-vous est réussi.
Alors, voici, nous y sommes pour le premier rendez-vous!
Ce que je voulais comprendre avant même l’entrevue

Avant de rencontrer Mathieu Caron, intervieweur et créateur du concept Les entrevues atypiques, je voulais comprendre comment il créait une connexion avec ses invités. Comment il se préparait à ses entrevues. J'avais envie d'entrer dans sa tête, ne serait-ce qu'un instant, pour faire des parallèles avec les personnes que j'accompagne, celles qui se préparent à une entrevue d'embauche ou à un changement majeur de carrière.
Je trouvais intéressant d’entendre comment il se préparait mentalement, s’il portait attention au non-verbal et à quoi, en premier. Ce qui m’intrigue surtout chez lui, c’est sa capacité à rendre les gens à l’aise à l’écran, tout en les sortant doucement de leur zone de confort, ou même parfois moins doucement, je vous laisse le découvrir.
Il y avait aussi dans cet échange, comme dans ses entrevues atypiques, quelque chose de profondément décomplexé dans sa façon de parler de l’autisme: une posture d’exploration, de curiosité, sans prétention et sans tabous. Une manière de dire j’apprends encore, plutôt que je sais.
Ce que sa réponse m’a confirmé
On s’est rencontré virtuellement la semaine dernière et en l’écoutant parler de préparation et d’adaptabilité, de sa réalité, son évolution, ce qui m’a frappée, c’est à quel point il parlait depuis une connaissance claire de lui-même.
Il connaît ses forces, ses angles morts. Il a la tête pleine de projets, mais surtout une grande clarté sur la façon dont il fonctionne. Il sait ce dont il a besoin pour performer, pour aller vers les autres, pour se préparer mentalement, ce qui fonctionne pour lui et ce qui fonctionne moins.
Cette maturité m’a marquée, d’autant plus qu’elle ne vient pas d’un parcours de cinquante ans. Elle semble s’être construite au fil des expériences, des ajustements, des essais et erreurs et surtout d’une réelle ouverture à vouloir s’améliorer et faire autrement quand quelque chose ne fonctionne plus.
À un moment, lorsqu’il a évoqué sa capacité à lire le non-verbal, je me suis surprise à réaliser à quel point certaines idées préconçues peuvent encore s’imposer, même quand on pense être ouverte. Comme si, inconsciemment, j’avais associé certaines difficultés à une norme plutôt qu'à des individus, tous différents.
Cette conversation m’a rappelé quelque chose d’essentiel: il n’existe pas une seule façon d'être attentif ou connecté à l’autre. Il existe des façons singulières, qui se développent et qui s'assument avec le temps.
Peut-être que la vraie compétence n’est pas de correspondre à une norme, mais de savoir comment on fonctionne et d’oser bâtir à partir de là.
Quelques éclats de conversation
Pour donner un aperçu plus concret de notre échange, voici quelques extraits, tels que Mathieu les a formulés.
Q: Comment tu te prépares avant une entrevue?
R:Honnêtement, je fonctionne à 99 % au feeling et à 1 % avec une structure. Je ne me prépare pas en écrivant des questions mot pour mot. Ce que je fais, c’est me projeter dans la tête de la personne que je vais rencontrer. J’essaie de comprendre qui elle est, comment elle fonctionne, ce qui pourrait la mettre à l’aise, ou la déstabiliser juste assez pour qu’elle soit vraie.
Q: Tu portes beaucoup attention à la voix et au non-verbal. Pourquoi?
R:Dès que j’entends la voix de quelqu’un, je fais des liens. Je l’associe à des personnes que j’ai connues dans ma vie, souvent depuis l’enfance. Pendant l’entrevue, j’observe les silences, les hésitations, ce qui se passe dans le corps. Pas pour analyser, mais pour savoir quand m’ajuster ou changer de direction.
Q: Pourquoi ne pas envoyer les questions à l’avance?
R :Parce que je veux éviter les réponses préparées. Quand j’envoie des questions, c’est plusieurs mois avant l’entrevue, pour que les gens ne les relisent pas juste avant. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui émerge dans le moment. L’authenticité, pas la performance.
Q: Est-ce que l’improvisation t’a déjà sauvé d’un malaise?
R:Souvent. Il y a des moments où tu sens que quelque chose ne fonctionne pas. Là, tu ajustes. Pour moi, improviser, c’est une forme de respect. C’est écouter autrement.
Une façon d’habiter les rencontres
Il y a une phrase qu’il a mentionné, qui résume bien comment il est:
''Chaque opportunité est un moyen d’apprentissage. Chaque échec mérite d’être célébré.''
J’adore l’angle de célébrer. Pour ma part, je vois ça aussi comme une manière d’avancer sans regret, même quand ce n’est pas évident, même quand ça déstabilise.
Q: Comment tu regardes les erreurs aujourd’hui?
R:Je ne les vois plus vraiment comme des erreurs. Sur le moment, c’est inconfortable, oui. Mais avec le recul, chaque situation m’a amené exactement là où je suis aujourd’hui.
Q: S’il y avait une phrase pour résumer ta vision?
R:On est tous différents. Donc, au fond, la différence n’existe pas.
Ce que j’en retiens
Peut-être que, finalement, on cherche tous un espace où l'on peut être pleinement soi, sans avoir à se justifier.
C'est exactement ce que permettent les entrevues atypiques de Mathieu Caron et ce que j'ai eu envie de créer avec cette première rencontre des Rendez-vous déjantés: un lieu où la performance cède la place à la compréhension, où l’on peut parler vrai, où certains tabous, autour de la différence, des parcours non linéaires, de la neurodivergence, se défont presque naturellement.
Et si c’était aussi vrai en entrevue d’embauche que dans la vie?
Parce qu’au bout du compte, ce qu’on cherche, ce n’est pas de bien performer, mais de se sentir compris.
Et ça change tout.
Petit aparté avant de se quitter
Le nom Les rendez-vous déjantés est né au fil de cet échange. On a brainstormé, un peu spontanément et quand Mathieu a lancé cette proposition, j’ai été surprise, dans le bon sens. Ça ne ressemblait pas à ce que j’avais en tête au départ et pourtant, tout s’est placé. Le ton et l’espace que je voulais créer. Surtout que cette année, une de mes '' résolutions '' est d'ajouter une pincée supplémentaire de folie, de '' silliness '' dans ma vie et mes projets.
Alors merci à Mathieu d'avoir non seulement accepté d'ouvrir cette série avec moi, mais aussi d'avoir contribué, à sa façon, à lui donner un nom et une impulsion. Je ne pouvais pas souhaiter meilleure première rencontre pour lancer ce projet.
À très bientôt pour le prochain rendez-vous.
Pour visionner les entrevues atypiques, voici le lien:



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